AN de Naomi Kawase ( 2015)

 


Un schéma plutôt traditionnel : trois êtres, entrés dans une forme d’errance, se rencontrent et vivent ensemble des moments qui leur permettent de se reconstruire. Mais cette rencontre est orchestrée par les doigts de fée de Naomi Kawase, sous les cerisiers en fleurs d’un quartier de Tokyo, autant dire que l’esprit de la nature va souffler sur ces âmes-là !

Le charme opère à chaque plan du film, la caméra virevolte sous les fleurs frémissantes qui deviennent des feuilles à mesure que les personnages se relèvent de leurs blessures physiques et morales. Ils trouvent un ancrage dans cette petite guérite où ils se croisent, cuisinent, parlent, savourent.

Grâce à Tokue (Kirin Kiki), la vieille dame aux mains rougies et déformées par la lèpre, l’homme qui préparait tristement ses dorayakis accède au plaisir de sentir ses haricots rouges frémir dans la casserole. Et tant mieux s’il lui faut se lever avant que la lune ne se couche !

Dans ce film, dont le scénario est tiré d’un roman de Durian Sukegawa, il est question d’abandon, de rejet, de faute. La figure de la mère, défaillante ou perdue, traverse en filigrane le récit. Loin de toute recette, la réalisatrice nous émerveille et nous élève, à l’instar de ses personnages éprouvés, grâce à son regard généreux qui insuffle une force incroyable à son oeuvre cinématographique, nous menant jusqu’à l’exaltation lors de simples rituels culinaires, mais nous plongeant aussi dans une peine immense dans une scène déchirante entre ces trois beaux personnages que sont la jeune fille (Kyara Uchida), l’homme cassé ( Masatoshi Nagase, craquant) et Tokue, placée en quarantaine depuis son adolescente dans un sanatorium.

Mais l’émotion qui perdure reste malgré tout la joie et l’on a les yeux comme décillés, au sortir de la salle obscure.

Sandrine Elichalt

« Au-delà des montagnes » de Jia Zhangke

Les séquences d’ouverture et de fermeture ( surtout celle là d’ailleurs, saisissante), et bien sûr tout ce qu’il y a entre- une photographie sublime, des acteurs souvent très justes, une caméra que l’on sent jubiler et palpiter de cette vie de chagrins et d’amours que l’on traverse tous, la petite histoire de chacun dans la grande Histoire de la Chine contemporaine…Tout me plaît. SE