Insomnie

IMG_20170503_094542

« Petits papiers » du Collectif

INSOMNIE

J’ai renversé l’angoisse du noir,

Le jour ne s’y opposait pas,

Les lumières ne viennent pas d’en haut.

 

Tu restes le témoin hors du temps

Qui retourne à sa cage d’os

Et garde ma peine en terre,

 

Tandis que dégringole

Dans mon cœur superposé,

La mémoire des sommets franchis.

 

Je marche le long d’une carrière sombre

Saisissant les reflets d’argent

De ses ardoises acérées.

 

De si belles escapades !

Lianes enveloppantes du souvenir

Où s’accrochent mes rêves,

 

Mes rêves comme une liqueur

Dont on garde le sourire

Et l’éphémère douceur.

 

Sous les rameaux des acacias

Le temps nous effleure

Et nos larmes sont absorbées.

 

 

Publicités

Variation sur la Mélancolie

Collage mélancolie

 

Le fil conducteur est la perte, loin du mouvement, plutôt dans l’errance des pas, dans un temps sidéral mesuré par rapport aux étoiles.

Ma seule étoile est morte transformée en bourdon qui se lamente par sublimation poétique.

Et de nouveau,

Les voilà, ces fantômes seuls dans la montagne, éblouis par la beauté du glacier

Les voilà, ces beaux endormis dans les romans noirs et les draps blancs

Les voilà, les songes infinis qui traînent des cadavres aux portes de la nuit

Quoi, toujours toi, la Mélancolie ?

Entre mon coeur et la réalité, tu creuses impunément une tombe de regrets,

Chaque jour qui succède aux nuits assommées me verra donc livrer bataille contre tes charmes avides.

Lourdeur de mon coeur

Que de débris charriés par des larmes inutiles !

Le monde va toujours

Et ce même coeur se vide de toute musique,

pris dans le ressac des angoisses primitives,

par ta simple apparition.

Quoi, toujours toi, la Mélancolie ?

Toute parole perd son sens

Tout acte perd sa force

Tout être perd sa réalité

Durablement

Le non-sens, le non-être s’installent

Et je ne suis plus qu’un vieux chiffon mal essoré

Que l’on aurait oublié dans un coin d’une pièce froide.

Car mon désespoir ne se partage pas,

Tantôt il me brûle, tantôt il me glace,

Mais toujours me fait ressentir l’inanité de ma présence au monde.

Tout sonne creux et mes yeux demeurent ouverts sur l’effroi,

Car pour eux, il n’y a pas de fenêtre.

( Texte qui fait écho à ceux de l’atelier sur la Mélancolie- Nîmes)

Fred Léal, une lecture salutaire

C’est un « Je » que l’on suit de Bordeaux ( Délaissé  2010 ) jusqu’en haut du Mont-Perdu   ( Un trou sous la brèche 2006/ Le Mont Perclus de ma solitude 2015 ) sans oublier Cayenne dans la Légion ( Asparagus 2013), sans pouvoir décrocher de cette voix si particulière qui nous entraîne sur les chemins escarpés de la rencontre avec nos congénères et d’un humour lucide qui n’épargne personne, surtout pas le narrateur, à la fois anti-héros et vrai mélancolique.

Entre jeu et défiance, le rapport au langage est une question posée dans chaque roman de Leal ; une écriture polymorphe dans laquelle s’invitent libertés typographiques et littéraires. Plusieurs niveaux de conscience entre ces lignes abruptes, le fil conducteur de la fiction mais aussi des mots sortis du poste ou de l’espace public, mais aussi des bribes de conversation, mais aussi le flux des pensées ( aussi tordues que les nôtres) du narrateur, qui contaminent la page et donnent une idée assez juste du bordel à l’oeuvre dans nos esprits vivants.

Fred Léal est hors-genre : ces récits sont tour à tour réalistes et épiques, entre autobiographie fantasmatique et fiction burlesque, avec toujours, pour nous, le même plaisir de retrouver les décalages poétiques de l’auteur et les délires revigorants de ses personnages.

(Fred Léal a publié aux éditions POL et aux éditions de l’Attente)