Événement à Buchy (Seine-Maritime)

A la librairie « Autres Rivages » 

Le 22 septembre 2018

à partir de 16h00

les Ateliers de traverse

présentent leurs dernières parutions

  • Hors-champ 3, troisième recueil de la collection, écrits des auteures Florence Denat, Claudine Dozoul, Sandrine Elichalt, Régine Marre Querouil, Marianna Payovitch, Jane Planson, Catherine Robert, Isabelle Vincent, croisés avec la photographie de Jean-Yves Dubos.
  • Fracture, premier recueil de la nouvelle collection « Œuvres croisées », dessins de Brigitte Clarysse, écrits de Claudine Dozoul

Des auteures dédicaceront leurs livres et liront des extraits à partir de 16h30

adresse: 141 rue de Dieppe 76750 Buchy

Un événement impulsé par Claudine Dozoul
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Et la lune s’attristait, Clinique St Gatien

Clinique St Gatien de la Membrolle

  • S’il vous plaît !

L’infirmière était passée trop vite. Trop pressée. Annette avait disparu il y a trois heures au fond du couloir qui jouxtait la salle d’attente. Ils s’étaient empressés autour d’elle. Examens. Fauteuil. Hop hop. Disparition. Plus d’eau au fond des vases, plus de caresse sous les draps. La vie dans sa version posthume. Tu penses à la même chose que moi. Tu penses que la joie est une résurgence dans un univers stérile et payant. Tu penses que tu as payé ton droit d’entrée et qu’à ce titre, tu peux décider de la sortie quand tu veux. Vivre, ce n’est que cela, a dit le nouvel AMP qui doit peser dans les cinquante kilos au jugé, se retourner, braquer son jet de lumière, et laisser sa peau dans les vestiaires. Peau de chagrin de celui qui perd à trop vouloir gagner. La blouse blanche du mandarin ne sied pas aux rêveurs. A petits pas, rejoindre la chambre, le sourire aux lèvres et le port titubant…

Même si

Même si je ne suis plus qu’un chiffon essoré, tu sais quoi ? Je m’en fous. Même si tout sonne creux. Je m’en fous des retombées abruptes. Seuls m’importent les corps qui frémissent et les esprits dingues. Alors quoi ? S’hypnotiser face à l’aube. Se désoler derrière le voile de brume. L’enfer… sans fers s’enferre. Merde. Tu avais dit. Pas de jeux de mots aujourd’hui. Tu te concentres sur le chant infernal des cigales qui indique que l’on a passé les 25 degrés. Une simple histoire de respiration. De souffle. De légèreté. De perte d’âme sauf si dans le ciel une tache noire, un aigle, mesurée par rapport aux étoiles, loin du mouvement, parce que tout ce que tout ce que tu souhaites est de rempiler les songes infinis.

Clos tes yeux.

 

99 notes préparatoires à la résistance ( en hommage à Perec)

La forme dite des « 99 notes préparatoires » se situe entre le poème et l’essai, s’emparant d’un sujet donné et tentant d’en épuiser les potentialités par un jeu polyphonique.

Elle n’est pas « contrainte» à proprement parler mais a beaucoup à voir avec la potentialité. L’obligation d’écrire quatre-vingt-dix-neuf phrases sur un thème précis la rapproche ainsi d’une tentative d’épuisement.

  1. Résister à la précipitation
  2. Ne pas glisser sur les peaux de bananes
  3. On dirait qu’on effacerait tout et qu’on recommencerait autrement. Sauf que ça marche pas. D’accord on n’efface pas mais on éteint la télé !
  4. Tu ne vas pas me croire : j’ai faim et la bibliothèque est immense !
  5. Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux… moi aussi je l’entends mais au-dessus des océans vole le goéland et dans le jardin, sur le tronc du pommier, le pivert tape son message en morse :

. _ . . / . . / _ . . . / . / . _ . / _ / . /

  1. Je suis avec application la ligne d’une fêlure sur le trottoir et je te croise. Un ange. Tu sursautes. N’ai pas peur, c’est comme ça les vieilles ! Mais c’est pas méchant !
  2. « Les méchants, c’est pas gentil ! » Photo en noir et blanc – coloriage.
  1. Jouer avec ses peurs ! Les extraire, les peindre, les écrire, les mettre en musique, les chanter, les crier, les éructer fuck you !
  2. Il pleut et ça n’a n’y change rien ! Il faut que je traverse la rue pour rentrer chez moi. Tu viens, j’ai fini mon beaujolais !
  3. Une foule et dans la foule des cinglés. Pas plus qu’avant…

Une foule et avec la foule une force. Un peu plus qu’avant…

C.D.

11

retrouver le sens des mots vous avez peur non autre chose ne pas comprendre ne pas trouver la porte faire parler faire entendre résumé des hommes bardés de ceintures d’explosifs face au rock qui hurle qui se marre aux bières qui se boivent qui se renversent aux sourires non pas un jeu vidéo trembler les mains larmes et yeux révulsés la gerbe on ne travaille plus radio tv pas trop internet en simultané dehors dedans au réveil au coucher les cauchemars les insomnies les trop encore trop seule aussi dans la maison dans le quartier et les autres ça leur fait quoi les autres le pire et le monde le pire est le monde depuis on parle on est plusieurs on est d’autres Liban Nigéria Mali on compte qui on ne compte pas on essuie le rouge partout le rouge et les casques et les armes et le rouge et le sol et les murs les trous dans les murs l’infini du live en cours tu travailles en terrasse et ta peur tu la confies tu me rappelles rappelle- moi moi aussi j’ai besoin il faut courir pas faire le mort c’est mauvais ils s’arrêtent des milliers de balles retrouvées courir se cacher s’enfermer courir dis-moi dis-moi ton anniversaire oui mais tu es mort et aujourd’hui je dis tans mieux ne pas connaître cela t’arrêter te reposer tu t’es arrêté au sto repose-toi kidnapper effort de guerre le sens des mots on l’a dit vas-y barbare et urgence état d’urgence perdre à chaque fois ce n’est pas un jeu vidéo ils savent quand ils jouent ils savent quand ils meurent pourquoi madame comment madame mais pourquoi quand même je ne sais pas mais pourquoi je ne peux pas je ne sais pas je ne réponds pas il y a alors l’inconnu il y a alors la frustration piochez là-dedans piochez vite la roue tourne pas de cerveau et des drogues amphèt et caféine ah bon à chacune la sienne à l’aide les repentis où sont-ils aider empêcher aider aimer vivre le bien le mal ah non stop moi je dis l’argent moi je dis cela le pétrole je sais à peine dessiner les frontières Syrie Irak le pétrole Bush c’était l’été mais je confonds peut-être on pensait c’est loin pas mes petits mes petits tu es où je suis entouré oui mais tout à l’heure aussi ah deux jeunes assignés je les connais leur maman aussi l’argent la drogue tourne tourne ça part du football ils l’ont su très tôt avec les images et le son le son d’abord on dit qu’on ne reconnait pas le son et on dit que les images mentent on le dit en tout cas ça ne rassure pas tout cela ça expose

on me dit beaucoup bonjour pendant ce temps certains étudient réfléchissent et transmettent les écouter les entendre c’est mieux et le dire à gauche le dire à droite le dire tout autour tiens la dette attendra c’est la meilleure la dette attendait pas la justice ni l’éducation ni la culture la dette attendra Schengen pfuitt ça part en couille on se demandait comment ça viendrait on ne le sait toujours pas le froid arrive la neige ne les arrête pas les pieds nus dans les savates il vient vers moi triste bonjour madame tu répètes pourquoi pourquoi la cloche sonne et vite parle ne garde pas pour toi l’amour tu l’as tu le donnes la peur tu l’as tu la regardes la colère tu l’as tu la transformes la haine tu l’as deux secondes faut pas que ça dure tu bois tu danses tu fais l’amour on ne le dit pas aux enfants ils l’entendent le champagne gicle de tous les côtés orifices de mort anéantis la nuit est dégagée sombre la lune petite elle aussi ça lui fait un coup et les étoiles une pour chacun de nos amours une pour chacune de nos peines le rose dans le ciel le chat enfoncé dans les feuilles au sol la soupe chaude les peaux qui se touchent tout ne s’arrête pas cela ne s’arrête pas qui se touchent douces si douces

C.R.

12

Je marche rue des Orteaux dans le XXème arrondissement de Paris,

un pas devant l’autre, la route barbouillée d’humidité.

Un concert de gazouillis me fait relever la tête :

un nid caché dans le marronnier.

Etincelle d’amusement dans le regard que je croise alors.

13

Les mots des enfants, les mots des adolescents,

me sortent d’un état morbide activé, réactivé par l’événement

mais aussi par le flux d’images et de paroles vides de sens,

qui sortent des écrans et des postes que j’ai allumés.

Ces mots, parfois, se font l’écho du discours ambiant mais au détour d’un cadavre exquis,

il y a le mot qui claque, la phrase qui donne du souffle,

et je les regarde, je les écoute, ces jeunes qui me redonnent du courage.

14

Il me regarde, radieux, celui qui doit être un monstre,

au volant de son pickup, et vendredi 13 novembre dans les rues de Paris ?

J’aurais pu avoir envie de parler et de rire avec lui autour d’une bière ou deux,

mais je sais que c’est désormais impossible.

Il n’est pour moi d’aucune religion,

plutôt embrigadé dans une secte,

à la marge de notre communauté humaine,

cultivant sa haine dans un camp d’entraînement,

se préparant au pire : abattre des innocents,

massacrer l’esprit de fête, éteindre la musique.

S.E.

  1. Paris au fil des temps 1937 Avoir douze ans au zoo de Vincennes. Poser devant les girafes, au loin les rochers. Éprouver de la joie devant l’objectif 1976 S’infiltrer sous le chapiteau pendant la balance de Neil Young. Se faire jeter par des gros bras. Dormir tous les trois à St Lazare. Avoir vingt ans. Avoir faim. Avoir froid 1978 Rejoindre les gares avant de poursuivre vers Marseille, Athènes ou Vienne. Encore et encore 1982 Tremper les croissants chauds dans le café. Traîner dans la rue. Marcher dans les Tuileries en foulant le sol détrempé. Maudire la pluie. Arriver en retard à St Denis 1983 S’agglutiner dans une salle comble. Entr’apercevoir Deleuze la clope au bec. Être définitivement trop petite 1984 Écouter Pierre Boulez les yeux fermés à proximité de la fontaine Stravinsky. Stupeur de tant de beauté 1985 Rêvasser seule aux expos chez agnès b. Au-dehors le froid. S’endormir à Garnier durant un opéra de Berio. Éprouver les fourmis dans les jambes. Rêver d’espace. Scruter le ciel sans étoiles au-dessus de la rue Daguerre. Se parfumer au petit matin 1995 Monter les étages de la Tour Eiffel sous les taquineries adolescentes. Expérience non renouvelable 2012 Traîner des heures à Beaubourg, se réfugier mortes de faim sous une bâche, se quitter et pleurer 2013 Manger des moules accompagnées d’un verre de vin blanc. A la table à côté, chamailleries relatives aux performances de Ai Weiwei. Puis papoter en marchant dans la ville 2015 Fêter une amie. Offrir des cadeaux, boire du champagne, danser sur Jeanne Added, parler, projeter, se toucher. Fatiguées et énervées, parcourir les couloirs de métro à toute allure…en riant.C.R.

    16. Des fourmis noires remontent la ligne Syrie-Occident, le nombril chargé de haine, les antennes connectées au Captagon, mâles et femelles privés de raison, jeunes pâtes à modeler pour les plus Hauts placés qui négocient leurs intérêts. La veine épaisse du pouvoir traverse les frontières, suçant et pompant le sang qui se transforme en dollars. Des filles de treize ans croient qu’elles vont trouver à s’épanouir sur ce territoire aride. Les cagoules et les voiles répandent leurs réticules amers dans le désert. On te nourrit, on te donne un sens supplémentaire. L’attrait de charrier des cadavres sur de la terre, l’attrait de te tripoter la ceinture, l’attrait de te branler dans ce tunnel ouvert, et la conviction suprême que tu trouveras à en découdre. Les tissus sont épais qui étouffent la trahison, les actes sont le prolongement inconsistant d’un obscur devenir qui doit s’alimenter en permanence de la même obsession… Pendant ce temps, Houellebecq fustige les ventres mous de la République, Molenbeek a les tripes exposées à la vindicte, les salopes du FN se chient sur les doigts.

Noir. Deuil – Bougies pour le cercle des Justes, ceux qui seront sauvés. Lumières de Résistance pour les Tolérants, les Bienveillants, les Innocents, ceux que le hasard a placés Là pour la Vanité du symbole et le plaisir de détruire… un soir dans la fosse, sous les lumières du Heavy… un soir à sonner le Carillon, un soir à manger épicé, un soir à lancer des ballons, un soir à respirer l’air printanier de novembre partout en France, pays des libertés… J’observe, je m’interroge, je m’inquiète. Cette solidarité ponctuelle et amnésique qui se resserre. Personne ne s’excuse plus d’être dans le passage et de le bloquer… Personne ne regarde trop longtemps. Tout est relié. Infiniment relié. Atrocement relié. Trois militaires à droite de Lyon Part-Dieu… des flux de voyageurs et de valises traînées sur le parvis de la gare… des milliers de mégots écrasés… Alice est militaire depuis 20 ans, instructrice en gestion des secours d’urgence sur le terrain. Elle me demande ce que je pense d’une vidéo qu’elle se met tous les matins pour se donner le courage de se lever. Je lui réponds que je préfère ACDC et que je n’ai aucun mal pour me lever… Arrivée à Paris. La gare est vide, le métro est plein… il suffirait de si peu pour verser d’un côté ou de l’autre…

I.V.

17. VIVRE.
18. Vivre à tout prix.
A.D.

19

Tapie dans l’ombre la bête
écoute
Elle attend son heure
Elle se sait la voix de la foule
L’acmé de la haine
Elle a le temps du nombre avec elle
L’horizon est comme une chambre obscure
traversée d’éclairs et de lueurs reliées par des liens synaptiques
Constellations de la grande nuit
Étoiles de tout chemin à parcourir
en aveugles
les pieds dans la cendre et le sang
Ces pourritures de tireurs
ont dans la tête un champignon nucléaire
Ils ne sauront jamais l’ivresse du corps
et la saveur du désir
L’alchimie entre la feuille et la rosée dans l’or matinal
Ou dans la blondeur d’un chardonnay
Entre cuir et dentelle à la terrasse d’un café
Ces pourritures de tireurs ont un champignon de tête nucléaire dans le cœur
Mais qui a produit cela ?
Qui leur a ôté le cœur ?
À ces questions il faut des réponses parce que ces visages d’hommes perdus dans la folie
d’un geste restent malgré tout nos semblables
Et ce qu’ils tuent est l’image miroir de leur propre anéantissement
Face au néant viral qui contamine la pensée
Je pense à un baiser furtif
chaleur et volupté
qui ruisselle sur la chaussée comme une immense rose avec épines
nous sommes la chair de la liberté

L.T.

20

Je m’ennuie dans ce monde. Je ne le sais pas, je le devine, cela m’est intolérable, je n’ai pas appris à transcender la mélancolie, à la rendre poussiéreuse en feuilletant de vieux livres, en caressant ce corps condamné, en le lavant à nouveau, visage déchiqueté, convulsionné, apaisé, criant que la rédemption n’est pas si loin, qu’il suffit de pardonner… Je m’ennuie au point de rejoindre la solitude dans son poing de radicalisation. Il y a un fils au bout du cordon, une fille dans la matrice, des pointillés qui montrent comment la mère a été lacérée pendant que le père était décapité. Je n’ai pas mis le drapeau, celui qui veut réconcilier les mémoires tombe au pas de ma porte et je passe par-dessus comme si c’était un vieux chiffon, un vieux plastique, une vieille guerre. Je crie la plainte des hommes simples, je voudrais m’enterrer deux secondes dans un cocon plein de larmes et de coton, des bras et des ventres s’acharnent pour le récolter sans rien attendre que la blancheur, la blancheur, la pureté pour la peau de ceux qui n’ont pas de couleur. Je m’ennuie en étant retiré d’Utilité… mon père, ma mère, reviennent sur la table, le Pain brisé, l’Eau sacrée, les figues pour tenir l’hiver, les maîtres qui enseignent la République, les potes qui se tuent pour y avoir cru. Moi, j’ai une fille qui dansait, moi j’ai une fille qui voulait être la star de Closer, moi j’ai une fille qui voulait être tout. Je m’ennuie dans ce monde. Je suce des bites islamistes sous le foulard. Goût de sable, goût de sel, goût de la poudre et des douilles brûlantes, goût du sang sur les lèvres quand il m’embrasse et qu’il me souille. J’ai évité la cave grâce au Frère, le Même qui aujourd’hui me fait tourner au bout de ses doigts crasseux, d’un combattant à l’autre, d’un canon à l’autre, d’une prise de guerre à l’autre. J’ai évité la cave mais pas les péchés… ils me regardent là où me restent des yeux pour voir et des yeux pour pleurer. Moi j’ai un fils qui n’était pas le diable, moi j’ai un fils qui avait une gueule d’amour et qui mangeait comme quatre, moi j’ai un fils qui voulait Tout, Ici et Maintenant, pas dans l’Au-delà. Le monde ennuie ceux qui s’impatientent à prendre la place du Père, inoccupée depuis longtemps. « Il faut savoir s’asseoir sur une chaise. Il faut savoir s’asseoir par terre » aurait-il dit en courbant le dos, les paupières lourdes, la main tendue vers un feu invisible qui ne réchauffe pas.
Maintenant le Bleu d’acier est Tombé. Ils Me regardent. Un sur deux. Ils vont aux Urnes avec la colère encore rentrée mais déjà c’est le triomphe dans les yeux qui veulent fermer les frontières. Car Ils ne passeront plus les damnés de la terre… ils sont déjà chez eux à picorer le sel dans le beurre et à vouloir que l’on pleure avec d’eux d’Ignorance et de Fiel… ils veulent que les choses changent… ils ne changent pas leur mémoire courte, leurs si courtes mémoires, leurs si précieuses mémoires… ils pleurent sur les veaux qu’ils nourrissent en désignant le bouc comme détestable et le coq prétentieux, les ergots dans la merde, un mal pour une nécessité… Sommes-nous tous agrippés à nos territoires ? Aigles, mouettes, étourneaux ? Des crabes déployés en quadrille, chaire molle, carapace obscène ? Des chiens avec des airs de loups et parfois de chats ? Des insectes alignés, désignés, sacrifiés, des rampants qui sentent mauvais ? La mort est à côté, certes, qui voile la raison… Pauvres de nous qui avons oublié combien nous sommes mortels… Tapez 1, Tapez 2… Donnez-nous le pain quotidien de ce qui ranime la haine, combien l’autre vient nous voler Notre Pain combien le Pain coûte cher… Ils vont aux urnes remplis d’ignorances, amnésiques, et Imbus… ils veulent être… comme les riches et reproduire. Ils se nourrissent de ça. De la revanche. Je serai Pire. Je serai pire que le fléau qu’on m’a foutu au cul. Pour me pousser. A bout. Ils Se regardent en Miroir, en Abymes, ils sont assez fiers d’eux. Ils en ont marre qu’on les traite de racistes.

I.V.

21

Reprendre le chemin du boulot après le carnage
Les visages dans le néon blême de la terreur souterraine
disent tous la stupeur
l’abîme et la bête tapie dans l’ombre

et pourtant le soleil brille
il surbrille même étouffant la planète qui fume
et se consume
et qu’on enferme les militants du climat

Ambiance désincarnée
L’homme vidé de son humanité au profit du genre humain
L’humanisme trans-genre mais sans transcendance
Ni transversal et encore moins collectif
Non pas l’état de nature qui n’a rien à voir avec ça
Mais la guerre de tous contre tous

Et pourtant le soleil brille
Sa main de feu joue tous les matins du monde
Mais elle met aussi en joue les feux du siècle

Transitions

Relire Hannah Arendt sur la banalité du mal
Comprendre le mimétisme à l’œuvre et le processus de destruction
Chercher les chemins de sublimation
Et inverser la vapeur

Dans le soleil brillant du feu froid de l’hiver
Je pense à une silhouette
J’aime toujours penser à une silhouette féminine vêtue de fourrures sylvestres
C’est une femme à l’orée d’une forêt je la sais gardienne des sortilèges quelque chose en elle du cerf ses bois majestueux qui la coiffe
Je devine un corps nu sous les feuilles l’écorce et le champignon
et les queues arrondies dentelées par les dents des feuilles suivant les courbes de l’eau des fontaines éternelles
et les neiges de tous les pics et les buissons toujours plus rouges de baies de baisers

elle me dit de la suivre et je la suis
je et toi, entre nous, c’est toujours à refaire, à défaire et retrouver
c’est notre invention
notre forêt de signes et d’étoiles dans la nuit

L.T.

 

22

L’hiver ne suffit pas à expliquer l’aspect décharné des arbres et la brume qui semble enserrer la femme dans un corset de mort. Le froid de l’hiver n’existe plus, celui qui purifiait l’âme des lourdeurs de la fête, qui ajoutait du rose aux joues et des larmes brillantes dans un regard comme lavé.

Ne reste que le froid du dedans, qui saisit à la vue du trou dans lequel le cercueil sera déposé, ne reste que le sang qui se fige à la première poignée de terre jetée.

« I’m cold » de Cure greffé aux oreilles, la femme poursuit cependant son chemin mais son pas devient chaque jour plus hasardeux : autrefois elle n’évitait ni les trous ni les bosses mais en riait, aujourd’hui elle peste et s’empêtre dans ses douleurs.

A pékin, 20 millions d’habitants sont asphyxiés chaque jour sous les particules fines. A pékin, l’alerte rouge a été déclenchée. A Paris c’est l’état d’urgence. Comment vivre encore ?, se demande-t-elle. Où trouver de la force quand on se sent condamné ? Comment aider les plus jeunes à grandir, se demande-t-elle, où les mener quand partout il y a la haine ? Qui seront les garants d’une certaine ouverture d’esprit si l’on dézingue à la fois les intellectuels – jugés has- been ou impies – et les artistes- taxés de tire-aux flanc. Au secours !

Ils vont les yeux éteints, la bouche pâteuse, la langue chargée, l’allure bedonnante, le cul bas, les yeux jaunis, cernés, les dents pourries. Ceux de sa génération, ceux des précédentes aussi. Et pourtant elle se sent, elle les sent parfois encore vivants sous des couches de dépression. Au détours de plusieurs verres, on retrouve de cet élan folâtre. La prédominance des réseaux sociaux conjugué à l’ennui conduit à raviver de ces romances éventées, de ces personnages qui semblent avoir plus de dimension qu’une sale gueule au réveil. Pourtant, c’est sympa les sales gueules. C’est pas si loin d’avoir une gueule !

La femme marche toujours dans les rues de Paris et croise encore des regards qui résistent.

A eux, on a appris la dignité, transmis des valeurs qui ne peuvent conduire à se lâcher dans l’isoloir, à la table familiale ou sur les réseaux sociaux.

Ils ne se laisseront pas museler par la peur, eux, ni endormir par une action politique inefficace qui se décide au jour le jour, à hauteur de sondages.

Ils cherchent un nouveau souffle, eux.

S.E.

23

Bien. Comment concilier mon amour de la poésie avec l’impératif de faire de la politique face au monde en ruine, face au monde qui court à la guerre comme seule issue de réincarnation, ou du moins de renouvellement ? Brûler la savane pour qu’y repousse plus savoureux les fruits de toutes les passions. Cycles ? Plus d’horizon, plus de flèche du temps vers davantage de lumière (Goethe). Cependant la mort est toujours à l’œuvre au sein du vivant, l’un et l’autre se nourrissent aux fleurs et pistils des relations, sur le terreau tiers qui est un produit de combustion. L’être et le monde sont à mutations multiples et si le rythme semble montrer une grille possible de lecture, le principe d’irréversibilité du temps empêche tout retour à l’état antérieur. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Seuls comptent le pas sur le chemin et le geste, l’allure. Il fut un temps la question : à quoi bon de la poésie en un temps de manque ? Je dirai que ce n’est pas tant que ça manque aujourd’hui, c’est qu’on se prépare au carnage. Il est déjà là en fait, il n’a jamais vraiment disparu. Disons que ça se déplace. Aujourd’hui ça revient vers nous. Boomerang.
Or le délire verbal du poème, la danse mêlée de chair et de fantômes sur le parquet lustré, qui à mon sens recherche la transe, le point sublime de la conjonction de tous les sens, et porteur dans sa réalisation d’un savoir étrange, qui n’est pas la connaissance, échappe au raisonnement comme à la volonté politique d’organiser.
Pourtant les talibans utilisent la poésie pour former au Jihad.
Le processus de destruction que je porte en moi et la volonté politique de lutter contre un monde absurde organisé pour soumettre et exploiter se nourrissent également de poésie.
Mais si c’est une guerre qu’il faut mener, qu’elle soit au nom du beau, du vrai et du bon.
Mais comment tuer les véritables profiteurs de la gangrène, à travers un geste étrangement beau parce qu’il fait un bien fou ?
Ce matin, je lis les vœux pour 2016 de l’association des amis de Benjamin Péret, une phrase tirée de « Trois cerises et une sardine » : Cependant la grande lutte qui oppose le charbon aux soutiers ne se terminera que par la victoire des étoiles de mer.
Je n’ai rien à ajouter.

L.T.

24.

Souligner la terrasse au-dessus de laquelle frissonnent de petites feuilles de vigne. Passe un équilibriste, roux, véloce, urbain, écureuil. Passe bientôt une année sans équilibre.

Souligner la carlingue d’un véhicule, mémoire posthume du père en mission roumaine il y a quarante sept ans. Tracé de routes silencieuses, campagnes aux relents mornes d’ennui et de rancœurs exhalés.

Souligner la maison fleurie où crissent les parquets, le poêle rassemble et les souvenirs affleurent. Au dehors, des masques dispersés dans le jardin et dans le musée. Bleu bleu bleu.

Souligner la salle succulente aux innombrables feuilles gorgées d’eau et de photons retenus. Au bout du monde pavé, des bijoux, des argentiques et des boissons qui ne gommeront pas le froid.

Souligner le hall de gare dont disposent les treillis. Calculer la trajectoire accidentelle qui pourrait advenir en cas de panique et s’éloigner fermement des armes. Souligner le wagon qui évoque Joseph Beuys et Berlin. Solitude et puis non.

Souligner la maison aux mille souliers, aux mille tisanes et aux mille orchidées. Perdre un œil. Gagner des retrouvailles. Puis une des résidences de George Sand qui dessinait des dendrites. Dans les communs, une folle fiancée s’est réfugiée au fond de l’âtre. Et aussi des membres, des têtes et des culs esquissés. Humer les dernières roses, disséminer la balsamine et frôler le feuillage du géranium.

Souligner les Ateliers des urgences poétiques. Les dés sont jetés, l’écho répond et l’alphabet prend sa place. Antennes, poignets et pages accomplissent ce pourquoi le repli et le monde peuvent et ne peuvent pas s’entendre.

Souligner les territoires allemands et les souterrains de Barjac. Souligner les écrits jetés sur papier, verre et plomb. Souligner la forêt et les tournesols. Souligner toute mémoire. Souligner toute mélancolie et toute efflorescence. Souligner toute renaissance.

Souligner la chambre des amours et la jeunesse d’alors. Des photographies trouent les murs et les consciences de béances. Heurter l’embrasure, d’une main toucher le sang et de l’autre les larmes qui coulent. Pleurer sans doute le passé.

Souligner une demeure so british surplombant les silhouettes des mille clochers de la ville en une lumière d’or inhabituelle. Bribes, confidences et chagrins au-dessus de la grande Normandie. Une reconnaissance.

Souligner la ville de mes deuils, rages et haines, apitoiements anciens et réapparitions comme si le vent soufflait de biais les paperolles proustiennes. Les pavés de la nuit, les cafés disparus et la rencontre inattendue d’un amoureux place St Marc. Briques, bois et bières.

Souligner la coquille nacrée où vit ses dernières secondes le mollusque sous une giclée de citron et aussi le dessous de chitine qui perle d’œufs écarlates et encore les tout-petits au goût de noisette et du début à la fin, l’espace rond des vapeurs carbonées qui pschittent à la surface de la flûte.

Souligner les nationales et les autoroutes, les cieux malcommodes et la brume funeste, les marais et les causses, les moutardes jaunes et les cochons noirs, les absences et les présences, les départs et les retours, les traversées et les boucles.

Souligner les squats mondialistes de punks, de putes et de chiens, bradés pour des pilules et des volutes, ordures et guenilles au milieu des anges déjantés qui marmonnent ou vocifèrent pour des histoires de serrures, de machines et de fric. Parcours mortel sans crédit.

Souligner le terroir des enfances, des partances et des rencontres. Souligner l’espace des ellipses et des fantômes, celui du silence et du verbe. Souligner les désirs à l’œuvre quand patiemment se raccommodent les fils lâchés. Souligner les tracés de poncifs et des épiphanies à l’intérieur et sur les franges. Souligner le secret des lectures et des écritures.

C.R.

A la lumière d’un cadavre exquis

Les particules dansent électrisées dans les faisceaux qui traversent le grenier, l’été est passé sous la forme d’un épuisant jeu de cache cache avec le soleil. Elle se réfugie souvent là-haut à l’abri de l’agitation familiale, pleurant dans l’édredon de voluptueuses larmes.

A terre, ces gouttes odorantes lèchent les pieds de l’idiot, sentinelle des affres assombries de la citadelle. Impossible de savoir où la lumière la mène, impossible même de la fixer, de l’arrêter, de la contenir. Elle lève les yeux- mélange d’eau et de feu- ductile, rayonnant, irradiant- l’ombre sous les larmiers qui n’apaise aucunement son envie de récolter la lumière. Elle cherche cependant la profondeur III de l’impacte II. Elle note 6, 91% de hasard, 20,8 % des gens considèrent que ce qui est simple ne se présente ni en premier lieu, ni en dernier lieu. Le temps n’est pas compté. Celui des lumières n’est plus mais la traversée des ténèbres sera aussi rapide que l’éclair.

 

Collectif

Sous influence

Ce matin, en me réveillant, j’ai vu que la porte du frigo était restée entrouverte. Mes perceptions sont-elles altérées ou juste endormies ? Je ne me souviens plus de quoi sont faits mes rêves, quelque chose s’est légèrement disloqué dans ma tête, je cherche d’où vient le ravage ou plutôt cette lente décomposition du souvenir. Diffraction de portraits en des portraits plus vastes. aussi vastes que l’histoire du Purple Book. Mon regard s’y noie. Le chant s’amplifie dans les plis de mon cerveau. Tandis que danse Svedenborg dans son costume sacerdotal déniché à Tulsa, Oklahoma.

Il n’y eut pas de mouvement ce jour-là. Juste une implosion sommaire. Un truc que j’étais seul à voir. Des plateaux corroyés. Le ciel comme du vieux cuir et la poudre de Cantharide tombant de nulle part sur mes yeux secs. D’un bleu vert comme la carapace du scarabée visionnaire enfermé dans une boite d’allumettes sur le réchaud d’une chambre de bonne au bout du Swinging Corridor.

De toute manière, elle dansait en titubant. Fallait l’aider. Qu’est-ce qui fait que tout s’arrête alors que tout pourrait continuer ? Elle a l’air tellement plus vivante. Maintenant.

Collectif/ Ateliers de Traverse