Fred Léal, une lecture salutaire

C’est un « Je » que l’on suit de Bordeaux ( Délaissé  2010 ) jusqu’en haut du Mont-Perdu   ( Un trou sous la brèche 2006/ Le Mont Perclus de ma solitude 2015 ) sans oublier Cayenne dans la Légion ( Asparagus 2013), sans pouvoir décrocher de cette voix si particulière qui nous entraîne sur les chemins escarpés de la rencontre avec nos congénères et d’un humour lucide qui n’épargne personne, surtout pas le narrateur, à la fois anti-héros et vrai mélancolique.

Entre jeu et défiance, le rapport au langage est une question posée dans chaque roman de Leal ; une écriture polymorphe dans laquelle s’invitent libertés typographiques et littéraires. Plusieurs niveaux de conscience entre ces lignes abruptes, le fil conducteur de la fiction mais aussi des mots sortis du poste ou de l’espace public, mais aussi des bribes de conversation, mais aussi le flux des pensées ( aussi tordues que les nôtres) du narrateur, qui contaminent la page et donnent une idée assez juste du bordel à l’oeuvre dans nos esprits vivants.

Fred Léal est hors-genre : ces récits sont tour à tour réalistes et épiques, entre autobiographie fantasmatique et fiction burlesque, avec toujours, pour nous, le même plaisir de retrouver les décalages poétiques de l’auteur et les délires revigorants de ses personnages.

(Fred Léal a publié aux éditions POL et aux éditions de l’Attente)