Jeune et jolie de F. Ozon ( 2013

Accepter de ne pas comprendre…

Comme pour un deuil, rester derrière une porte, être placé devant le mystère de l’adolescence :

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » cette proposition poétique de Rimbaud pour seul guide- et combien précieux sur le chemin du renoncement-

L’adolescence et le respect craintif qu’elle inspire, l’adolescence et son aura sacrée dont on la prive trop souvent par peur justement de ses débordements, de son opacité.

Le choc que peut constituer la découverte de sa propre sexualité, le besoin de re-naître au monde en tant qu’individu, l’envie d’expérimenter, de vivre…Des étapes dans toute existence, de possibles réponses à des questions que ne pose pas vraiment le réalisateur François Ozon qui sait garder la beauté du secret et de l’inexpliqué.

Une œuvre sèche et cruelle à la mesure de l’horreur et de la fascination qui accompagnent souvent la prise de conscience du changement de son enfant en un « autre », «  ange exterminateur » qui porte sur notre monde et notre être un regard sans complaisance et qu’on croit sans amour.

Une œuvre qui a l’élan des espoirs qui donnent l’envie de grandir, de changer, et le souffle d’une audace aussi désespérée qu’un lancer de dés.

Un film qui a du rythme, oscillant entre de belles longues scènes de complicité familiale et les allées et venues robotiques et professionnelles du personnage joué magistralement par Marine Vacth avec un dress code de représentante en produits de luxe.

Un film tranchant qui rappelle le très beau A nos amours de Pialat, qui lui aussi filmait sans concession la liberté du côté de la sexualité. Tranchant rendu plus acéré par le doux thème Eté de Philippe Rombi et les trois titres de Françoise Hardy – A quoi ça sert, Première rencontre, Je suis moi– qui accentuent le vertige de nos émotions retrouvées.

Sandrine Elichalt